AL ULA, le fabuleux roman de la France-Arabie … Par Hedy Belhassine

Source : , 29-04-2019 Le premier roman de tous les temps en Arabie saoudite a été écrit il y a tout juste soixante ans par une femme native de La Mecque. Samira était fille de l’unique chirurgien du Royaume et mère de Dodi, celui-là même qui en 1997 dans le tunnel de l’Alma à Paris aura l’ultime élégance d’accompagner Lady Diana dans la mort. L’écrivaine était la soeur d’Adnan, milliardaire de l’armement et l’heureux propriétaire du plus beau yacht des mers le « Nabila » ; celui-là même qui sera vendu à Donald Trump avant d’être racheté par le Prince Al Walid ben Talal. Comme le grand monde est petit ! Fermons la parenthèse. En 1959 Samira alors âgée de 23 ans publie au Liban Waddat amali, « L’adieu à mes espoirs ». Au Caire, à Bagdad et à Damas, c’est un succès parmi les intellectuels arabes qui lisaient autre chose que le Coran. Samira Bint al Jazirah al Arabiya (Samira fille de la péninsule arabe) éditera aussi en 1974 à Beyrouth le premier magazine féminin de langue arabe « Al Charkiya » (l’Orientale) et sera élue Présidente de l’Union des Femmes Arabes. Elle quittera brutalement le monde douze années plus tard laissant à ses lecteurs le souvenir de nouvelles aux titres désespérants : « Souvenirs larmoyants ; Gouttes de larmes ; Funérailles de roses... » Cette romancière qui cachait soigneusement son identité sous un pseudonyme se nommait Samira Khashoggi. C’était la tante de Jamal, le journaliste assassiné au consulat d’Arabie d’Istanbul. C’est sans doute pour célébrer l’anniversaire de la naissance du roman en Arabie que le Royaume saoudien emprisonne à tour de bras les écrivaines qui osent écrire. Combien sont-elles à gratter le mur de leur geôle ? À subir l’humiliation, l’injure, le viol ? Le cas d’une d’entre elles est emblématique de la terreur que vivent les intellectuelles dans ce pays. Loujain al-Hathloul est une jeune femme dont la famille a grandi en France, à Paris et à Toulon où son père officier de marine encadrait il y a vingt ans, la formation des quelque huit cents marins saoudiens des frégates françaises du programme Sawari. De ces années passées au pays de Voltaire elle a conservé de mauvaises pensées : de liberté, d’égalité, de fraternité, de justice…Bref son esprit a été corrompu. En 2014, de retour en Arabie Saoudite, elle ose prendre le volant, ce qui lui vaut 73 jours de cellule. Quelques années plus tard, le roi accorde l’autorisation aux femmes de conduire, mais pour bien montrer que le bon vouloir royal n’avait pas été influencé par les militantes féministes, il les persécute de plus belle. Alors Loujain al-Hathloul s’expatrie. Brillante sociologue polyglotte, elle s’installe aux Émirats Arabes Unis et s’inscrit à la Sorbonne d’Abu Dhabi où elle se croyait à l’abri. Mais il y a dix mois, elle est interpellée sans ménagement et conduite manu militari à un jet privé qui décolle vers l’Arabie. Au même moment, son mari Fahad al-Buthairi, un comédien à l’humour noir ravageur, est arrêté à Amman en Jordanie. Il est menotté, cagoulé, jeté dans un avion et livré à ses bourreaux comme un colis. On est sans nouvelle de lui depuis. Le mois dernier, Loujain al-Hathloul a comparu avec d’autres militantes devant une cour criminelle. Le huit clos avait été décrété « par soucis du respect de la vie privée des accusées » a tenu à préciser le porte-parole du procureur, ajoutant sans pouffer que la justice saoudienne ne pratiquait aucune discrimination et que les femmes seraient traitées de la même manière que les hommes. Et pour contrecarrer la campagne d’indignation médiatique qui se préparait, le tribunal a libéré « à titre provisoire » et pour raison de santé, trois des onze militantes accusées. Celles-ci étaient à peine rentrées dans leur foyer que des membres de leur famille étaient discrètement pris en otage. Ainsi Salah al-Haidar est allé prendre en prison la place libérée par sa mère Aziza al-Youssef. Le fait que Salah soit binational Saudi-US n’a rien changé car Trump n’a pas même levé un sourcil.">Lire la suite
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Proche & Moyen-Orient, Hedy Belhassine, 29-04-2019

Le premier roman de tous les temps en Arabie saoudite a été écrit il y a tout juste soixante ans par une femme native de La Mecque. Samira était fille de l’unique chirurgien du Royaume et mère de Dodi, celui-là même qui en 1997 dans le tunnel de l’Alma à Paris aura l’ultime élégance d’accompagner Lady Diana dans la mort." data-share-imageurl="" style="position:fixed;top:0px;right:0px;">

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