Autant en emporte le temps !

Interview accordée à Fouad Bahri pour le journal Zaman France

Fouad Bahri : Comment devient-on Personne ? Personne : en renonçant à être "quelqu'un" et en épousant la cause qui échappe à Monsieur-tout-le-monde. Fouad Bahri : Quelle cause ? Personne : non pas la cause efficiente qui nous fait faire ce qu'on fait mais la cause finale pour laquelle on fait ce qu'on fait. À chaque fois que je bouge un doigt, je suis censée me demander : dans quel but et pour quelle fin je le bouge ? Fouad Bahri : c'est un peu paralysant, non ? Personne : Non. C'est conséquent. Les moyens nous motorisent, mais seule la fin nous mobilise. Fouad Bahri : Et quel est votre mot de la fin ? Quelle fin poursuivez-vous avec tant d'entrain? Personne : celle que je m'invente. Celle que vous vous inventez. Celle que nous nous inventons. Fouad Bahri : Mais si elle est changeante, elle ne doit pas valoir grand chose ? Personne : chacun se bat pour son idéal, c'est variable. La seule constante : c'est de ne pas cesser le combat, la lutte... ne rien lâcher. Fouad Bahri : Encore faut-il que cette lutte soit sensée ? Utile et non futile. Personne : elle a un sens. Elle est futile si elle ne sert que votre pomme : utile si elle sert celle des autres. Fouad Bahri : Plus concrètement, et à titre d'exemple : entre les mondialistes et les altermondialistes, pour lesquels bat votre cœur ? Personne : pour ceux qui sont victimes de cette opposition artificielle. Fouad Bahri : Un autre exemple : entre les sunnites et les chiites, à qui vous accorderez du crédit? Personne : à aucun des deux. Je suis un sujet particulier et non une banque d'idées. Cela dit, l'islam, le vrai, celui du texte sacré, ne valide pas ce genre de division. Fouad Bahri : encore un : le conflit syrien... êtes-vous pour ou contre l'intervention russe ? Personne : pour la fin de toute mystification dans la région où chacun se sert pour mieux asservir et tout compte fait, tout le monde y est piégé. C'est perdu d'avance quand les avantages et les inconvénients sont confondus. On ne sait plus qui est qui ? Fouad Bahri : Passons. Pourquoi avoir choisi ce concept de scénarisation de l'information ? Personne : toute modestie mise à part, je ne l'ai pas choisi, je l'ai créé. J'ai créé le concept : "d'info-scénario" pour dire que la seule manière de ne pas se mentir, c'est dire qu'on se ment. Et au lieu de faire comme la presse, de la réalité une fiction... je fais de la fiction, une réalité. Fouad Bahri : Quel est l'intérêt de tout dramatiser ? Des drames, il n'y en a pas assez ? Personne : le drame n'est pas la dramatisation. Le drame vous immobilise, la dramatisation vous mobilise. Vous n'explosez pas sous l'effet d'une bombe, vous explorez les raisons de l'explosion. Fouad Bahri : ça reste du cinéma, votre cinéma. Personne : C'est un outil pédagogique qui rend le message accessible par l'image. S'il y avait de bons cinéastes arabo-musulmans, on parlerait moins de l'islam. Ziferelli a rendu Jésus plus sensible aux cœurs que les pères de l'Église. Nous ne sommes plus à l'âge des Rois mages mais à l'âge des images. Fouad Bahri : Est-ce un progrès ? ou un déclin ? Personne : Le culte des images est le plus vieux culte du monde. Avec Internet c'est le summum qui est atteint. Et au lieu de chasser vraiment les images, comme le firent les rationalistes, nous serions plus inspirés de favoriser "l'imagination"... autrement dit : LA CRÉATION. Fouad Bahri : comment définiriez-vous ce concept de scénarisation de l'info ? Personne : C'est un concept qui ne somatise pas l'information en montrant des corps gisant sur le sol... L'info-scénario spiritualise en démontrant par exemple que la mort n'a pas le dernier mot. C'est tout un travail de sublimation : j'élève dans les airs ce qui est censé être sous terre. Fouad Bahri : S'agit-il de partager une émotion avec le public ? Personne : Oui et non. Parce qu'il ne s'agit pas de n'importe quelle émotion... mais de celle qui est susceptible de faire réfléchir. Ce n'est pas le fait d'être français qui rend sensible à l'horreur du Bataclan mais le fait que pour le terrorisme nous sommes tous et sans distinction de race ou de religion : "des cibles". Fouad Bahri : cela consiste donc à dénoncer une info en la déconstruisant ? Personne : je ne suis pas adepte de la déconstruction. Les Derrida me fatiguent. Je suis plutôt tentée par la "reconstruction". Le monde est déjà défait, il faut juste le "refaire" comme lorsqu'on dit qu'on se refait une santé. Fouad Bahri : Cherchez-vous à passer un message et lequel ? Personne : en quelques mots : pour changer les choses, il faut changer notre vision et pour changer notre vision, il faut admettre une autre vision que la nôtre. Fouad Bahri : Avez-vous fait auparavant du théâtre, de la scène ? Personne : oui du théâtre, de la scène et même du cinéma. Et je ne compte pas en refaire. J'ai passé l'âge de jouer à la poupée, je les fabrique désormais. Fouad Bahri : Vous parlez souvent de Nietzsche? A t-il été pour vous une source d'inspiration? Personne : un compagnon de route qui déroute et que je cite souvent parce qu'il est déroutant. Il ne m'a pas plus inspiré qu'Aristote ou qu'Averroès... Fouad Bahri : vous pratiquez le violon ? Personne ; Non. Ni au propre, ni au figuré... mais le piano et seulement le piano. Fouad Bahri : Vous travaillez sur un projet de film. Pouvez-vous en dire plus ? Personne : "l'École subversive" où je soutiens l'idée selon laquelle : Dieu est devenu un concept subversif et qu'en son nom certains estiment pouvoir ou devoir faire la révolution... En un mot : qu'aujourd'hui c'est l'ancien qui est nouveau, c'est le vif qui saisit le mort. Cet article est apparu en premier sur .
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Fouad Bahri pour le journal
Zaman France

Fouad Bahri : Comment devient-on Personne ?

Personne : en renonçant à être "quelqu'un" et en épousant la cause qui échappe à Monsieur-tout-le-monde.

Fouad Bahri : Quelle cause ?

Personne : non pas la cause efficiente qui nous fait faire ce qu'on fait mais la cause finale pour laquelle on fait ce qu'on fait. À chaque fois que je bouge un doigt, je suis censée me demander : dans quel but et pour quelle fin je le bouge ?

Fouad Bahri : c'est un peu paralysant, non ?

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