Bourgeoisie et propagande chez Victor Hugo

Il y a quelques mois j’accompagnais un groupe d’enfants visiter la maison de Victor Hugo, Place des Vosges. Une « visite culturelle » pour agrémenter les vacances de nos petits parisiens privés d’exode estivale. Heureusement, nous fûmes confiés à une conférencière inspirée nous contant de belles histoires de grand père ! Il faut dire que le vieil Hugo s’est beaucoup impliqué en faveur des enfants. Il contribua, en effet, à ce qu’ils délaissent leurs labeurs trop précoces pour rejoindre les écoles gratuites (celles de l’ami Jules Ferry). Nul n’ignore aujourd’hui sa célébrissime maxime : « Qui ouvre une école, ferme une prison » ? Rappelons néanmoins que, rarement, les belles formules sont performatives&;au contraire de ce que prétendait notre cicérone, participant indirectement à la propagande historique, celle qui rend les hommes corrompus plus dignes que les hommes vertueux.

 « Fournir aux colons des enfants dans l’âge de neuf à dix ans. »

Car, sans faire de la psycho-biographie à la Onfray, il est quand même troublant de noter que le père de Victor, le Général Joseph Hugo, proposa dans une glorieuse brochure –sous le pseudonyme Genty (!!)- les moyens de suppléer à la traite des nègres par l’usage de jeunes individus vacants – des enfants perdus ou abandonnés d’une dizaine d’années ! –, ce qui garantirait pour l’avenir la sûreté des colons et la dépendance des colonies. Plus qu’une casserole c’est d’un boulet qu’avait ainsi hérité le fils Victor, qui saura donc se racheter de manière respectable, sans jamais, pour autant, condamné le père.

 « La forme du gouvernement semble la question secondaire. »

Désormais, évoquons la magnanimité de notre poète pour ses concitoyens : Victor Hugo ne fut l’ami du peuple que pour mieux le distraire de ses véritables intérêts. De fait, son engagement politique fut celui d’un commerçant : il n’a jamais conspiré contre aucun gouvernement, excepté celui de Napoléon III. Un coup monarchiste, un coup républicain, peu lui importait fondamentalement l’orientation politique à suivre pourvu que les pouvoirs en place lui garantissaient sa pension mensuelle (autour de 3000 francs soit l’équivalent de 6600 euros d’aujourd’hui). Pension ou rente, qui additionnée aux gains importants de ses succès de librairie très fréquents, deviendra suffisante pour grossir les coffres des Banques de Rothschild ou devenir le premier actionnaire de la Banque Belge. La morale de Victor Hugo c’est celle d’un Jean Valjean. Quelques soient les erreurs du passé ou les injustices subies, la fortune d’où qu’elle vienne réhabilite et tient lieu de toutes les vertus… (Pour rappel le héros des Misérables amasse son pécule sur le dos de ses ouvriers…).

 « Les caprices du riche sont les meilleurs revenus du pauvre. »

Notre bourgeois devenu millionnaire, accessoirement gentilhomme, fut aussi candidat à de nombreuses élections. Mais retrouve-t-on dans ses programmes politiques comme dans ses romans un plaidoyer pour le partage des richesses ou l’égalité des chances ? Pas vraiment, et il l’exprima très clairement dans le quotidien L’Evénement (quotidien créé et alimenté par …ses propres soins !) Le 9 septembre 1848, par exemple, il y écrivit que l’harmonie sociale se fondait « sur la misère besogneuse et la richesse oisive ». Il y défendit aussi l’égalité civile du moment que les riches conservassent leurs millions et les pauvres leurs haillons. Et puis, ces derniers bénéficiaient quand même d’une gloire littéraire sans commune mesure au sein de milliers de pages « hugoliennes »! Ne pouvaient-ils pas s’en contenter ? Toujours dans l’Evénement, il s’effraya le 28 août 1848 – donc au lendemain de la Révolution de 1848 -, que « les pauvres n’eussent qu’une idée en tête : dépouiller les riches ». En outre, dans sa classification des êtres qui troublaient la société, il plaça au premier échelon Babeuf et Proudhon ! Mais le père Victor fut bien malin, car même une Louise Michel persista à  échanger avec notre caméléon lettres et poèmes ! Alors cela méritait bien une place au panthéon. Et, en effet, qui a su mieux que Victor Hugo mettre en vers le libéralisme bourgeois tout en proclamant le génie du peuple ? J’ai laissé finalement notre conférencière conjuguer l’héroïsme hugolien sans jamais chercher à la corriger. Et pourtant je connaissais déjà au moins la face raciste –façon coloniale – de l’homme politique (). En ne crachant pas mon insolence au moment où il l’aurait fallu, j’ai donc été complice d’une propagande institutionnalisée et érigée en modèle culturelle. J’en tire une leçon : je ne dois plus hésiter à gifler les consciences des enfants en âge d’apprendre leur histoire… avant qu’il ne soit trop tard, avant qu’ils ne respectent trop ce que les pouvoirs diktacratiques en place glorifient pour justifier toujours plus leur légitimité.
Feed item Author: 
Cédric Bernelas

Il y a quelques mois j’accompagnais un groupe d’enfants visiter la maison de Victor Hugo, Place des Vosges. Une « visite culturelle » pour agrémenter les vacances de nos petits parisiens privés d’exode estivale. Heureusement, nous fûmes confiés à une conférencière inspirée nous contant de belles histoires de grand père !

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