L’anarchie est morte, vive la démocratie !

L’anarchie, aujourd’hui, c’est un folklore. Se réclamer d’un monde sans ordre revient presque à promouvoir un chaos digne des pires barbaries de notre Histoire. Pour tout dire, tous ceux qui, depuis quelques décennies, se revendiquent comme anarchistes, s’accaparent outrancièrement une fierté et un prestige plus proches de la mystification que de la vertu. Ils sont les idiots utiles à toute réelle entreprise révolutionnaire. En effet, le pouvoir doit être avant tout remodelé, et ce de manière radicale, pour répondre foncièrement aux besoins d’équité et de justice  de tous nos concitoyens. Il ne peut en aucun cas être supprimé. Nos grands militants du néant s’imaginent que la liberté et l’égalité ne peuvent se conjuguer que dans l’absolu et refusent donc toute l’immanence d’un relatif, d’un consensus ou d’un transitoire. Survivant entre discours et espoirs, ils imposent, tel un fascisme grossier, leur catéchisme noir sans même en tolérer le moindre corollaire. L’anarchiste est désormais soit un petit bourgeois qui culpabilise, soit un désoeuvré qui jalouse un confort ou un luxe que la destinée lui a refusé. Son ressentiment est si aliénant qu’il spécule sur un monde sans riches n’entrevoyant trop rarement qu’un monde sans pauvres serait plus judicieux.

 Ni Dieu, ni Maître ?

Mais il y a mieux. Les voilà qu’ils tonnent « Ni Dieu, ni Maître ! » tout en jetant l’anathème sur le premier anti juif venu, ou en érigeant une chapelle de modèles libertaires. D’ailleurs la liste est longue et sporadique. Certains vont jusqu’à Diogène le sinopard pour allumer la première mèche ! D’autres voient plutôt La Boétie, Meslier ou Varlet en précurseurs. Malgré tout, la majorité s’accorde sur un catalogue bien formaté, le genre que Guérin ou Maitron ont su mettre en référence : Stirner, Proudhon, Bakounine, Reclus, Grave, Blanqui, Kropotkine, Lermina, Zo d’Axa, Libertad, Voline, Malatesta, Pouget, Orwell…ou d’autres encore plus furieux : Netchaev, Ravachol, Bonnot, Makhno ou Durruti. Mais il suffit de jeter un raisonnable coup d’œil dans ces corpus pour déceler une belle série de confuses et flagrantes incohérences : quel point commun peut-on présenter entre un Stirner, ne sauvant que lui-même, et un Kropotkine, promoteur de l’entraide ? Comment le meurtrier Ravachol et le romancier Orwell peuvent-ils prétendre aux mêmes révolutions ? Y a-t-il un lien effectif entre le projet blanquiste et les crimes des En-dehors ? Sans parler de tous ces plumitifs enragés préférant cracher leurs dogmes inouïs à défaut de charger un fusil, ou, inversement, de tous ces scélérats au prestige intellectuel plus que douteux qui, face à l’impasse ou l’extravagance de leur projet, en sont venus à la bombe&;

Etienne, Pierre-Joseph, Alphonse, Emile et les autres…

Et pourtant dans toute cette macédoine prétendument libertaire a su tirer quelques pépites. Y a-t-il plus remarquable intelligence que celle Fédération, mutualisation, coopération, banque du peuple : a-t-on trouvé pour remédier au libéralisme tyrannique qui nous galvanise au point d’orchestrer aujourd’hui une mondialisation que peu combatte ? A-t-on déjà vu une chèvre contredire un âne ? Ou qui mieux que , là où les autres soumettaient larmes et terreurs pour convaincre de leur combat ? Un rire populaire, dérangeant et libre dont Dieudonné semble aujourd’hui le brillant héritier… Par delà sa radicalité meurtrière, devenu rapidement un axe dialectique et cardinal de notre réflexion sur la démocratie. Enfin, il y a Orwell. Mais, son originalité est telle, que beaucoup prétendent qu’il n’a rien à faire dans la confrérie des anars. Qu’importe ! Prenez un seul de ses romans et vous aurez plus d’impact libertaire que toute l’oeuvre d’un Jean Grave ou d’un Reclus ! D’ailleurs et de la même manière, au lieu de nous inhiber dans les lubies fantasmagoriques de nos résistants de papier, nous préférons apprendre des politesses armées d’un Spartacus, d’un , d’un Zapata, d’un Makhno, d’un ou même d’un . Se restreindre aux formules d’un seul parti, aussi libre et tolérant peut-il se prétendre, c’est refuser la réconciliation des différences et craindre alors la possibilité d’une vraie démocratie…

Le pouvoir au peuple

Alors, que reste-il de tous ces feux d’anarchie quand on sait qu’ils se sont éteints dans les rayons bien ordonnés de nos bibliothèques, témoignant du même coup de toute leur impuissance à changer effectivement les choses ? Hé bien, il subsiste quelques occurrences cruciales, qu’on ne doit pas laisser dans les archives de nos bons fonctionnaires toujours garants des pouvoirs en place… En effet, quelques événements notoires fortement dépréciés nous démontrent qu’irrémédiablement la démocratie est encore possible et qu’elle demeure l’incarnation ultime d’un vivre ensemble égalitaire et souverain : les expériences russes et espagnoles au début du XXème siècle ne doivent plus passer à la trappe sous prétexte qu’elles seraient des digressions anarchistes. Ces moments où le peuple fut concrètement pourvu d’un pouvoir paritaire sans recourir à des représentants parasites ou corrompus ne devraient donc plus se borner aux annales de l’anarchie. D’ailleurs le mot « anarchie » discrédite ici encore une fois ce qu’il prétend promouvoir : la liberté et l’égalité de tous. Car ces idéaux doivent en effet s’ordonner pour s’incarner et non s’aboyer drapé de noir seul dans un coin. Ainsi, l’autogestion fraternelle des makhnovistes en Ukraine, l’indépendance autonome de la masse laborieuse à Kronstadt ou le collectivisme des industries en Catalogne, et des terres en Aragon ne sont-ils pas les plus éclatants exemples de la compétence du peuple à se gérer de la manière la plus légitime et adéquate qu’il soit ? Diktacratie.com reviendra en détail sur ces épisodes majeurs de notre Histoire. Allez ! Pour finir, faisons quand même plaisir à nos petits anarchistes : imaginons que là, ce soir, ils prennent le pouvoir. Un coup de baguette magique, façon Bakounine, le genre révolution spontanée et instinctive, et voilà la France et le monde libérés ! La police ? En prison. L’armée ? En noire. Les banques ? Au peuple. La Bourse ? Supprimée. Les riches ? Au trou. Les médias ? Libres et instructifs. L’opinion ? Insoumise et indépendante. L’Empire ? La Cinquième Internationale. L’école ? Autogérée. J’en passe et des meilleurs… Vous l’aurez compris : laissons ces fantasmes aux arriérés libertaires, ils ne sont définitivement pas dangereux. En revanche la révolution se fera en temps et en heure. Pour le moment nous n’y sommes ni prêts ni éduqués. Mais une chose est certaine : un pouvoir franchement égalitaire entre tous les hommes ne s’appelle pas anarchie, mais démocratie.
Feed item Author: 
Cédric Bernelas

L’anarchie, aujourd’hui, c’est un folklore. Se réclamer d’un monde sans ordre revient presque à promouvoir un chaos digne des pires barbaries de notre Histoire. Pour tout dire, tous ceux qui, depuis quelques décennies, se revendiquent comme anarchistes, s’accaparent outrancièrement une fierté et un prestige plus proches de la mystification que de la vertu." data-share-imageurl="" style="position:fixed;top:0px;right:0px;">

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