La servitude volontaire

« Le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir ».

Personne ne dira jamais mieux qu’Etienne de La Boétie notre servitude volontaire. Les hommes veulent servir. Ne leur parlez pas de liberté, ils n’y aspirent qu’en rêve ou en théorie. Leur réelle ambition ? Leur but ? Acheter avec l’argent qu’ils n’ont pas le fantasme d’une réussite sociale. L’Histoire témoigne de quelques individualités, d’une minorité d’insoumis, qui ont sacrifié leur vie pour un idéal de liberté, dont l’humanité a pu en définitif s’abstenir : de Spartacus à Lumumba en passant, entre autres, par Toussaint Louverture, Blanqui, Zapata ou Makhno… Des rebellions prestigieuses qui ont nourri nos espoirs les plus charitables. Mais attention ! Comme le note si justement Cioran : l’espoir est une vertu d’esclave. D’ailleurs pour être élu, ne faut-il pas vendre de l’espérance à ceux qui obéiront ? Alors que l’on veuille la liberté ou que l’on se croit libre, le résultat est souvent le même : nous nous égarons dans d’utopiques impasses dont l’issue est un asservissement social en lieu et place d’une démocratie salutaire. Cela change rarement.

« L’habitude, qui exerce en toutes choses un si grand pouvoir sur nous a surtout celui de nous apprendre à servir. »

Parfois le peuple se plaint. Plus rarement il s’engage dans la révolte. Mais tant qu’il peut se nourrir et se divertir convenablement, ce qu’ont, ici, orchestré à la perfection nos oligarchies financières, il ne s’escrimera qu’aux Jeux Olympiques et ne s’indignera qu’à compte d’auteur ou sous projecteurs ! « Parfois les peuples abrutis, trouvant beaux tous ces passe-temps, amusés d’un  vain plaisir qui les éblouit, s’habituent à servir aussi niaisement mais plus mal que les petits enfants n’apprennent à lire avec des images brillantes ». Reconnaissons-le, nous, occidentaux, sommes du bon coté de la barrière. Alors pourquoi s’évertuer à rééquilibrer la donne ? Pourquoi tenter de la rendre plus juste ? Pourquoi partager ce que nous avons en trop avec ceux qui n’ont rien ? Pourquoi dépenser moins quand on peut dépenser plus ? Pourquoi la liberté comme l’égalité nous excitent autant dans nos discours, nos livres, nos œuvres et nous inhibent dans leurs agencements effectifs ? Pourquoi, en fin de compte, donner le pouvoir à un peuple « qui pouvant choisir d’être soumis ou d’être libre, repousse la liberté et prend le joug » ?
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Cédric Bernelas
« Le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir ».

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