Le Labour tenté par un virage à gauche

Source : Pierre Haski, pour ;Obs, le 18 août 2015. Le positionnement politique de Jeremy Corbyn, candidat à la direction du Parti travailliste britannique, constitue une véritable rupture : renationalisation des chemins de fer, de l’électricité et du gaz, fin de l’austérité…  il pourrait prendre la succession d&<a target=#039;Ed Miliband à la tête du Labour britannique. (BEN STANSALL / AFP)" width="580" />
Jeremy Corbyn est en tête des sondages : il pourrait prendre la succession d&;Ed Miliband à la tête du Labour britannique. (BEN STANSALL / AFP)
Au cœur de l’été européen, loin de la Grèce, se prépare un coup politique imprévu qui pourrait modifier le paysage de la gauche européenne. Le Parti travailliste britannique  après  au lendemain de sa défaite du printemps ; et tout indique qu’il s’apprête à effectuer un sérieux virage à gauche. Après le New Labour de l’époque Tony Blair, les militants semblent nettement préférer le &;Old&;, qui a pris le visage de Jeremy Corbyn. Son nom ne vous dira sans doute rien, et il ne parlait guère plus à de nombreux Britanniques il y a encore quelques semaines. Mais cet Anglais de 66 ans à la barbe grise est un parlementaire travailliste assidu depuis trente-deux ans, et il a même accru son score en mai quand son parti subissait une cuisante défaite. Il n’a jamais été ministre, ni même participé au leadership de son parti. Pourtant, sa candidature à la succession d’Ed Miliband a secoué la vie politique du , et sa possible victoire aura des conséquences profondes. Les sondages  sur les trois autres candidats, ses meetings publics font salle comble, et la presse parle désormais de &;Corbynmania&;. Les militants et sympathisants enregistrés ont commencé à voter le 14 août, et les résultats seront annoncés le 12 septembre. Mais 200.000 personnes supplémentaires se sont inscrites sur les listes de cette primaire &;fermée&;, s’ajoutant aux 400.000 militants et sympathisants déjà enregistrés, une augmentation considérable attribuée à l’&;effet Corbyn&;.

Le Labour inéligible ?

Le positionnement politique de Jeremy Corbyn constitue une véritable rupture : renationalisation des chemins de fer, de l’électricité et du gaz, fin de l’austérité, plus d’alignement automatique sur les Etats-Unis, abandon de l’arme nucléaire… Un catalogue qui le place résolument à gauche de tous les leaders travaillistes depuis Michael Foot, il y a trois décennies. Et aux antipodes de Tony Blair, qui a estimé que &;ceux qui ont le cœur à voter pour Jeremy Corbyn &;… Le problème de Blair est qu’il est aujourd’hui détesté au sein du parti qu’il a dirigé et mené trois fois à la victoire. La guerre d’Irak et ses coupes dans les budgets sociaux sont passées par là. La candidate &;blairiste&; au leadership, Liz Kendall, est bonne dernière dans les sondages, avec 12% des intentions de vote. Mais Blair n’est pas le seul à critiquer la &;Corbynmania&; : l’establishment de la gauche libérale, unanime, estime qu’avec un programme comme celui de Corbyn le Labour devient &;inéligible&;, ce qui reste à voir. &;The Guardian&;, quotidien de la gauche &;réaliste&;, a pris position  en faveur de Yvette Cooper, une élue de 46 ans avec une expérience dans l’équipe de Gordon Brown et un passé syndical. Cooper dénonce les &;fausses promesses&; de Corbyn, mais a 26 points de retard sur lui.
La candidate Yvette Cooper est secrétaire d&;Etat à l&;Intérieur au sein du cabinet fantôme. (Leon Neal / AFP)
Si Corbyn est élu le 12 septembre, l’électrochoc sera d’abord pour les travaillistes, qui pourraient connaître des scissions ; mais aussi dans le reste de la gauche européenne, de plus en plus tiraillée entre les poussées à gauche à la Podemos ou à la Syriza, qui séduisent les électeurs mais n’ont pas encore fait leurs preuves, et les forces de centre gauche, gestionnaires, usées par la crise européenne et à l’identité singulièrement brouillée. Un virage à gauche là où on ne l’attendait guère, à Londres, aura un impact sur ce débat. On attendait le &;Brexit&;, mais on aura d’abord le &;left turn&;.
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Les-Crises.fr Gr
L’Obs, le 18 août 2015.

Le positionnement politique de Jeremy Corbyn, candidat à la direction du Parti travailliste britannique, constitue une véritable rupture : renationalisation des chemins de fer, de l’électricité et du gaz, fin de l’austérité…

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