Le pire des racismes

« L’Anthologie des propos contre les juifs, le judaïsme et le sionisme » de Paul-Eric Blanrue est de nouveau disponible à la vente. Un livre dont Diktacratie.com avait proposé une synthèse plutôt considérable, fin 2013. Pour rappel : Aujourd’hui le débat sur le racisme se cantonne vulgairement autour de deux questions : peut-on manger de l’ananas chaud, et doit-on proposer des bananes aux singes ? Faut dire que nos polémistes ne manquent pas de poésie culinaire pour exprimer leur point de vue, car il fut un temps où le racisme s’exprimait bien plus crûment dans la bouche, en particulier, de nos chefs d’Etat, sans que cela n’offusque grand monde. Souvenez-vous François Mitterrand relativisant à propos du massacre des Tutsis : « Dans ces pays-là, un génocide c’est pas trop important », Chirac se plaignant du bruit et de l’odeur d’un immeuble où logeaient quelques immigrés, Sarkozy invitant l’Africain à « entrer davantage dans l’histoire » ou Hollande trouvant des vertus pédagogiques au colonialiste Jules Ferry… C’est une évidence Toussaint Louverture, sans doute parce que vaincu, n’a pas inspiré nos gouvernants et encore moins notre histoire. C’est d’ailleurs pourquoi l’on peut continuer à parler comme Guerlain de « travail de nègre » sans que cela provoque de révolution. Peut-être même que certains s’imaginaient que le vieux parfumeur s’essayait à la chansonnette, à la manière d’un Jacques Brel insultant « les singes de son quartier » ou d’un Stromae traitant de bon matin les Bruxellois de macaques ! Pourquoi pas ? L’année dernière un certain Gregory Chelli, appelé aussi Ulcan, ne s’était pas gêné pour balancer partout sur le net des photos de la tête de notre camarade Kemi Seba sur un corps de singe, sans que cela ne choque nos autorités. Allez savoir… Le racisme est aujourd’hui difficile à cerner tellement ses déclinaisons sont complexes et confuses. En définitive? la couleur de la peau et l’origine géographique n’ont plus suffi à alimenter le mépris des intolérants. Ils ont dû exprimer leur nouveau dégoût dans un registre plus spirituel, à l’image de cette presse en mal d’audience et obscurément satirique, qui au nom d’une opportune liberté d’expression, n’a pas hésité à cracher sur les musulmans en s’offrant la tête de leur prophète… Reste le pire. Le pire des racismes. Je veux parler bien sûr du racisme envers les juifs : l’antisémitisme. Le plus intolérable, et pourtant le plus toléré. Il suffit de se pencher un tant soit peu sur sa prolifération sournoise au sein de nos bibliothèques et de nos panthéons… Honte à tous ces grands hommes qui sont les fleurons de notre histoire, de notre littérature, de nos arts et de notre philosophie. Honte à cette France qui se prétend Lumière et qui n’est que Ténèbres ! Un historien, Paul-Eric Blanrue, a tenté de rassembler tous ces discours et déclarations de haine dans une anthologie () au parcours inévitablement sulfureux…

Etat des lieux :

Commençons par les plus pleutres qui ont limité leur fiel au registre religieux, se contentant donc d’une exégèse plus que troublante de l’Ancien Testament. Ainsi l’Abbé Pierre et Michel Onfray affirment comme Pierre Gripari (l’auteur des Contes de la rue Broca) qu’il s’agit avant tout d’un « texte criminel ». Le fondateur d’Emmaüs qualifie même « d’épouvantable le livre de Josué ». Un livre narrant « une série de génocides, groupe par groupe, pour en prendre possession ». L’auteur du Traité d’athéologie, quant à lui, précise que « ces pages relèvent de la fable, de balivernes et de fictions préhistoriques dangereuses au plus haut point, car criminelles. Textes qui invitent à la boucherie généralisée sans jamais avoir été interdits de publication pour appel au meurtre, racisme et autres invitations aux voies de fait ». Cette diatribe n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle d’un certain Rousseau qui s’insurgeait aussi, dans son Emile, contre ce « Dieu colère, jaloux, vengeur, partial, haïssant les hommes, un Dieu de la guerre et des combats, toujours prêts à détruire et foudroyer, toujours parlant de tourments, de peines, et se vantant de punir les innocents » ou celle d’un Schopenhauer qui percevait la religion juive comme la « plus barbare de toutes, n’offrant qu’un simple cri de guerre dans la lutte contre d’autres peuples ». Zola, pourtant auteur du mythique « J’accuse ! », dresse un réquisitoire encore plus terrible dans son roman L’argent contre « cette race maudite qui n’a plus de patrie, plus de prince, qui vit en parasite chez les nations, feignant de reconnaître les lois, mais en réalité n’obéissant qu’à son Dieu de vol, de sang et de colère ».

« Les juifs ne furent pas les auteurs de la guerre, mais les vrais profiteurs. » -Simenon

Ensuite, il y a ceux qui s’en sont tenus essentiellement aux vices mercantiles et financiers caractérisant les juifs tout au long de leur histoire. « Partout où il y a de l’argent, il y a des juifs » résume Montesquieu dans ses Lettres Persanes. Plus explicite, Henry Ford : « Dans la philosophie juive, l’argent ne sert pas à créer des richesses, mais à les cumuler », ou encore Mark Twain (l’auteur de Tom Sawyer) : « Le juif est un faiseur d’argent. Il en a fait la fin et le but de sa vie. Son succès l’a rendu ennemi de toute la race humaine ». Plus poétique, Arthur Rimbaud s’égare en enfer arguant qu’il n’y a rien que les juifs n’auraient « pas vendu », rappelant du coup l’odieux vers de Victor Hugo : « C’était un de ces juifs, hideux tabellions, qui vendraient le printemps, la rosée et les astres pour un mulet ployant sous sa charge de piastres » D’autres détracteurs sont plus catégoriques, comme Alexandre Dumas, dans Vingt ans après : « Les juifs ont bien vendu leur Dieu pour trente deniers » ; ou Maupassant dans son Bel-Ami : « Les juifs ont des traits étonnants d’avarice » ; Napoléon en Conseil d’Etat le 07 mai 1806 : « La nation juive est constituée depuis Moïse, usurière et oppressive ». Même le Dictionnaire de l’Académie française définissait en 1835 le juif comme « un homme qui prête à usure, ou qui vend exorbitamment cher ». D’autres, encore plus renommés, sont allés jusqu’à dénoncer un obscur parallèle entre le tropisme usurier des juifs et l’exploitation capitaliste qui s’est ingérée dans nos « démocraties » corrompues. Michelet, par exemple, rappelle ainsi dans son Histoire de France que « les juifs ont résolu le problème de volatiliser la richesse ; affranchis par la lettre de change ; ils sont maintenant libres, ils sont maîtres ; de soufflets, les voilà au trône du monde ». Voltaire avait lui aussi tenté quelques années auparavant, dans son Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, de décrire le processus de marginalisation hégémonique des juifs : « Ils gardèrent tous leurs usages, qui sont précisément le contraire des usages sociables. Ils furent donc avec raison traités comme une nation opposée en tout aux autres ; les servant par avarice, les détestant par fanatisme, se faisant de l’usure un devoir sacré ». Puis Marx dans son article Sur la question juive (1844) a tenté d’expliquer comment la communauté juive s’est émancipée dans un idéal bourgeois parfois tyrannique : «  Le juif s’est émancipé à la manière juive, non pas seulement en s’appropriant le marché de l’argent, mais en ce que, par lui et sans lui, l’argent s’est transformé en puissance mondiale (…) Le judaïsme atteint son apogée avec la perfection de la société bourgeoise (…) L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant lequel aucun autre dieu n’a la permission de subsister ». Plus tard, dans son article L’emprunt russe du 4 janvier 1856 il confirme : « Les changeurs d’argent de notre temps enrôlés du coté de la tyrannie se trouvent être principalement des juifs ». Dostoïevski et Zola attestent comme Bakounine que cette communauté juive est « une secte exploitante ». Le romancier russe spécifie dans son Journal que les juifs « dirigent les Bourses, et surtout la politique, les affaires intérieures, la morale des Etats. Epuisent la main d’œuvre, prennent leur bénéfice et s’en vont ». Le français, de nouveau dans son roman L’argent renchérit : « Est-ce qu’on n’a jamais vu un juif faisant œuvre de ses dix doigts ? Est-ce qu’il y a des juifs paysans, des juifs ouvriers ? Non le travail déshonore, leur religion le défend presque, n’exalte que l’exploitation d’autrui ». Enfin la palme à Jaurès qui dénonce sans ménagement, autant dans son article La question juive en Algérie du 1er mai 1895 que dans son discours au Tivoli en 1898, l’étendue de cette domination juive au sein des pouvoirs politiques : « La race juive, dévorée par une sorte de fièvre du gain, manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion…En France, l’influence politique des Juifs est énorme, mais elle est, si je puis dire indirecte. Elle ne s’exerce pas par la puissance de l’argent. Ils tiennent une grande partie de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d’un point, la double force de l’argent et du nombre ». On dirait du Soral. A vomir !

« Juif qui parle, bouche qui ment » &; Victor Hugo

Ravalez vos tripes, car il reste les pires ! Souvent de trop célèbres hommes de lettres ou d’Etat, des putains de plumitifs ou rhéteurs qui le temps sans doute d’un fourvoiement littéraire – comme il arrive souvent quand on se croit inspiré – ont utilisé sans ménagement leur langue de vipère pour décrire traits et vices de juif. Pour Alfred de Vigny, par exemple, dans sa Maréchale d’Ancre, le juif est « riche, avare, humble et faux. Pas trop sale en dehors, beaucoup en dedans ». Engels, dans son article La Posnanie, y est plus direct : « Cette race –les juifs polonais – est la plus crasseuse de toutes ». Balzac perçoit dans leur regard « l’avidité concentrée, la ruse narquoise » ; Delacroix parle, dans son Journal, de « juiverie peinte sur la figure » ; et Musset évoque, dans Namouna leurs « mains crochues ». Les frères Goncourt affirment, aussi dans leur Journal, qu’aucun « vieux juif n’est beau, que le travail des passions sordides, de la cupidité, y tue sur leurs visages la beauté du jeune homme », et Théophile Gaultier, dans sa nouvelle Le pied de momie, souligne « la silhouette aquiline de leur courbure du nez ». Beaucoup recourent aussi aux noms d’animaux pour injurier les juifs : Napoléon parle « de véritables nuées de corbeaux » et rajoute que « ce sont des chenilles, des sauterelles qui ravagent la France ». Proust brosse, dans Le Côté de Guermantes (le troisième tome de À la recherche du temps perdu), le corps d’un juif « penché comme une hyène ». Voltaire constate que dépourvus de toute philosophie, les juifs se contentent « d’être des animaux calculant » et les invite donc à devenir « des animaux pensants ». Encore plus radicaux, Beaumarchais dans son Barbier de Séville et Flaubert dans son Bouvard et Pécuchet, n’hésitent pas à utiliser l’adjectif « juif » comme la pire des insultes ! D’autres sont moins triviaux, mais leur condamnation d’ordre plus morale n’en demeure pas moins raciste : Sénèque le premier consigne « ce peuple comme le plus scélérat » ; Napoléon qualifie « leur nation comme la plus vile » ; Ronsard, dans ses sonnets dédiés à Hélène de Surgères les étiquette comme « faux, trompeurs, mensongers, plein de fraude et d’astuce » ; Ford les devine « monomaniaques » et Georges Sand comme « inexorables ». Dans sa lettre du 16 avril 1857 à Victor Borie, elle rajoute même que le juif « avec  ses immortels 5 sous qui ne s’épuisent jamais, son activité, sa dureté de cœur pour quiconque n’est pas de sa race, et en train de devenir le roi du monde et de tuer Jésus-Christ, c’est-à-dire l’idéal ».

« Israël dépasse les bornes de la modération nécessaire » &; De Gaulle

Aujourd’hui la haine du juif semble s’être  focalisée sur Israël. Ainsi, cette patrie des Hébreux serait illégitime pour diverses raisons, toutes plus aberrantes les unes que les autres. Déjà Gandhi dans sa Non-Violence déclarait : « L’appel à un foyer national pour les juifs ne me séduit guère (…) Il serait injuste et inhumain d’imposer une domination par les Juifs aux Arabes (…) Ce serait à n’en pas douter un crime contre l’Humanité de contraindre ces Arabes à ce que la Palestine soit restituée aux juifs en tant que leur foyer national, que ce soit partiellement, ou en totalité ». De même Einstein dans ses Idées et opinions stipule que sa « conviction relative aux fondements du judaïsme répugne à l’idée d’un Etat juif avec des frontières, une armée et une part de pouvoir temporel, aussi réduit soit-il ». Plus récemment, Norman Finkelstein, dans son essai L’industrie de l’Holocauste, analysait ce qui en était advenu : « les associations juives américaines ont exploité l’holocauste nazi pour désamorcer les critiques contre Israël et sa politique, moralement indéfendable ». Rony Brauman infirmera ce constat dans l’émission d’Ardisson Salut les terriens du 25 novembre  2006 : « Je me demande ce qu’Israël a apporté à part un certain nombre de difficultés, de tensions, de malheurs(…) Y a pas de « devoir de mémoire, c’est un slogan, un drapeau ». Brigitte Bardot pose de son côté une simple question : « Lorsqu’on a survécu au génocide peut-on, à son tour, se conduire en tyran ? ». José Bové se risque aussi à se « demander à qui profite le crime » tout en condamnant « l’Etat d’Israël qui est en train de mener une guerre de purification ethnique dans les territoires palestiniens ». Il croit par ailleurs « que le gouvernement israélien et ses services secrets ont intérêt à créer une certaine psychose, à faire croire qu’un climat antisémite s’est installé en France, pour mieux détourner les regards ». Une propagande bien huilée, au final, qui a suscité d’odieuses déclarations, comme celle de Roald Dahl (l’auteur de Charlie et la chocolaterie)  à la presse: « Je suis certainement anti-Israël, et je suis devenu antisémite ». C’en est trop ! Le jour où les apôtres de l’antisémitisme avanceront un argument probant, on pourra alors débattre. En attendant, ne faisons plus la promotion dans les écoles, les universités ou les médias de toutes ces idoles vénéneuses. L’heure du grand nettoyage est venue.
Feed item Author: 
Cédric Bernelas

« L’Anthologie des propos contre les juifs, le judaïsme et le sionisme » de Paul-Eric Blanrue est de nouveau disponible à la vente. Un livre dont Diktacratie.com avait proposé une synthèse plutôt considérable, fin 2013. Pour rappel :

Aujourd’hui le débat sur le racisme se cantonne vulgairement autour de deux questions : peut-on manger de l’ananas chaud, et doit-on proposer des bananes aux singes ?
Faut dire que nos polémistes ne manquent pas de poésie culinaire pour exprimer leur point de vue, car il fut un temps où le racisme s’exprimait bien plus crûment dans la bouche, en particulier, de nos chefs d’Etat, sans que cela n’offusque grand monde." data-share-imageurl="" style="position:fixed;top:0px;right:0px;">

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