LE PREMIER MUSULMAN

Avant Abraham, on ne savait pas ce que c’était qu’un drame intérieur. La conscience malheureuse n’avait pas conscience d’être malheureuse. Les cœurs battaient sans savoir pourquoi ils battaient. Nul n’avait encore entendu parler de Dieu. On se contentait de brûler à petit feu en sondant l’état des lieux sans se soucier des cieux. Et Abraham crut entendre la voix de Dieu. Quel crédit aurait-il pu accorder à cette foi, à cette voix, à cette première expression de la loi ? Tout le crédit dont son âme fut capable… ou responsable. Il n’a pas douté, il n’a pas redouté… il a écouté l’âme de son âme… le cœur de son cœur… le ventre de son ventre… et répondu OUI à l’appel de l’infini. OUI absolument OUI instantanément, OUI infiniment à la divine interpellation. Lui, n’a pas entendu parler de Dieu… il a entendu parler Dieu. Et fut le premier à l’entendre, à le comprendre et à tout faire pour lui correspondre… Une prière par exemple… tout en faisant preuve d’une soumission exemplaire. Le premier commandement, c’est lui qui l’a reçu ou cru le recevoir : SACRIFIER TOUT AVOIR POUR HONORER L’ÊTRE. Ce n’est peut-être pas dans son pouvoir mais c’est dans son devoir d’accomplir un sacrifice… le sacrifice des sacrifices puisqu’il s’agit bel et bien du sacrifice de son fils… Quelle étrange demande ! Quelle incroyable amende : que de décapiter la prunelle de ses yeux pour ne pas dépiter Dieu. Son fils unique doit être sacrifié pour signifier aux mortels, que Dieu seul est unique et immortel. Abraham l’appela l’Éternel. Et il s’empara d’un couteau de boucher et s’apprêta à égorger son nouveau-né, les yeux fermés, soumission affirmée par une foi illimitée ou une conscience illuminée. Un ordre est un ordre… C’est épique, éthique et mystique à la fois. Pour Abraham il ne fut pas question de verser le sang d’un innocent mais de rendre présent le présent en réconciliant le passé avec ce qui ne passe pas, ce qui meurt avec ce qui demeure. Cette épreuve de force ne fut pas destinée  comme on l’a toujours cru, à renforcer la foi d’un incroyant ni à éprouver un père en saignant son enfant. Non la force de cette épreuve c’est pour nous dispenser de chercher la preuve de l’existence de Dieu… Toute âme est susceptible de l’éprouver, il lui suffit de s’estimer toujours plus grande qu’elle ne l’est… C’est le sens même de toute transcendance… je me dépasse pour appréhender tout ce qui me dépasse. Le Salut est pour celui qui croit que rien n’est jamais perdu… L’enfant sera préservé… Abraham aura un agneau pour rendre à Dieu, ce qui appartient à Dieu. Cet article est apparu en premier sur .
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le journal de Personne

Avant Abraham, on ne savait pas ce que c’était qu’un drame intérieur.

La conscience malheureuse n’avait pas conscience d’être malheureuse.

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