Nique ta République

Nos haines en disent plus long sur nous que nos amours. Qui hait qui ? Qui hait quoi? Et pourquoi cette haine ? Nous avons du mal à identifier cet obscur objet... de haine. L'ignorer, ça nous gêne. Le savoir nous fait de la peine. C'est le comble de la malice : est-ce que nous les haïssons ou est-ce qu'ils nous haïssent? Une ambigüité que nous chérissons ou une ambigüité qu'ils chérissent ? Là n'est pas la question, mais la remise en question de notre "trait d'union", de notre accent complexe, de notre vie en commun. La haine est sans doute partagée entre la France et ses enfants maudits. Tous ceux qu'elle n'a pas chéris ou su chérir... bénis ou su bénir. Ce n'est pas d'un sentiment dont il s'agit mais d'un ressentiment. Double ressentiment : on s'en veut et on s'en veut de s'en vouloir. Il n'y a pas d'échappatoire. ON NE PEUT PAS SE SENTIR ! Et nos huissiers feraient mieux de changer de métier parce que leur constat ne relate pas l'état des lieux : puisqu'on ne sait toujours pas ce qu'on veut : notre mort ou la leur? Ce qui nous rend faibles ou ce qui les rend forts ? C'est probablement l'ironie du sort. Ils brulent le drapeau. Ils ne chantent pas la Marseillaise. Ils niquent la République. Il y a en effet de quoi s'offusquer, mais peut-être pas de quoi chercher à les éradiquer ou les déchoir pour exprimer notre plus grand désespoir ! D'abord qui sont-ils ? On les désigne avec un "ils" qui n'est qu'un effet de style. Un pronom personnel qui renvoie à tous et à personne, qui les distingue de nous, qui nous distingue d'eux. C'est notre mépris qui fait ce genre d'aveu : tous les français ne sont pas dignes d'être français. Lesquels ? Ceux qui y tiennent alors qu'ils n'y sont pas nés ? Ou ceux qui n'y tiennent pas alors qu'ils y sont nés ? La réponse est bien inspirée : on rejette les français qui ne s'aiment pas donc qui n'aiment pas la France. La ligne de démarcation est toute tracée. L'état d'urgence est décrété : la loi est même votée : ON DOIT S'AIMER, devoir aimer sinon au revoir ! Ceux qui ne s'aiment pas ne sont pas français. La France, tu l'aimes ou tu la niques ? Parce qu'il n'est pas question de la quitter ou de l'acquitter... L'aimer même si elle ne t'aime pas. C'est ça l'amour... l'aimer sans retour... l'aimer même si elle n'est pas aimable, l'aimer même si elle n'est pas charitable... l'aimer même si on parle mal le français : c'est fondamenTABLE... c'est cette nouvelle exigence à la Finkielkraut qui est en même temps : remarquable et insupportable. Exigence républicaine vaine et vilaine. L'exigence est de mise même si la devise est remise chaque jour en question. Parce que la liberté, l'égalité et la fraternité sont promises mais non commises, la République perd ses enfants, les illégitimes mais qui sont néanmoins ses enfants. Ils protestent, ils contestent... ils la détestent... peut-être parce qu'ils n'attendent d'elle qu'un simple geste : qu'elle cesse de les distinguer d'elle. Être en phase avec ses extases et ses métastases ! Faut-il se rappeler que nos demi-frères ne sont pas moitié familiers, moitié étrangers. Ils sont nos frères à part entière. Ce n'est pas à eux d'aimer la République mais à la République de les aimer... parce que sans eux elle ne serait pas républicaine! Pas de liberté, ni d'égalité sans fraternité ! Cet article est apparu en premier sur .
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le journal de Personne

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