Qui sont les rebelles de l’Empire ?

Souvenez-vous la colère de ces peuples en Tunisie, en Egypte et en Lybie. Souvenez-vous avec quelle confusion nous compatissions pour ces rébellions d’ailleurs. Il y eut d’abord dame patronnesse Alliot-Marie proposant ses services de cognes pour épauler la dictature tunisienne et qui, face à l’opinion majoritairement hostile, retourna sa veste avec une diplomatie quelque peu opportune. Puis l’Egypte fut contaminée. La violence y fut plus verte et les feux plus sanglants, favorisant de la sorte une démarcation plus franche entre insurgés et installés. La révolte sembla virale au point de bourgeonner jusqu’en Libye. Mais là, la contestation civile se frelata rapidement en guerre impériale… Les guerres gangrènent toute morale. Elles stigmatisent vertus et crimes. D’un coté les bons, de l’autre les méchants. Aussi, seuls les livres d’histoire – pour enfants – présentent ces dénominations grotesques. Et, formatage oblige, nous conservons ces distinctions mais déclinées par un travestissement lexical de circonstance : les gentils deviennent ainsi les rebelles et leurs adversaires des criminels de guerre. Dans le Littré nous pouvons lire au mot « rebelle » : « Qui se soulève contre une autorité légitime ». Définition parfaitement adéquate pour expliquer les divers mouvements séditieux rapidement évoqués ci-dessus. Mais de là à être soutenus par l’establishment ! Comment comprendre que nos gouvernements soient solidaires de ces insurrections cherchant à renverser des pouvoirs, certes différents des nôtres, mais néanmoins constitutionnels et réglementaires ? Quels sont leurs intérêts ? Les Droits de l’Homme peut-être ? Ces droits de bombarder des peuples pour implanter la démocratie. Ils appellent même ça droit d’ingérence. Comble de l’absurde pour ne pas dire de la barbarie. Mais allons jusqu’au bout de la logique impériale. Une simple parabole comme Star Wars, par exemple, nous expose des héros étiquetés rebelles, voués à combattre l’Empire et non à le servir, alors que dans nos contrées bien réelles les rebelles égyptiens, libyens ou syriens sont les alliés de notre Empire occidental. Empire aux ambitions pourtant néocoloniales et donc aux prétentions tout aussi funestes que l’Empire du mal du film de Georges Lucas. Par cette dénomination commune nos oligarques espèrent sans doute causer la confusion entre la fiction et la réalité : ainsi, comme dans les récits, les rebelles seraient des libérateurs et par voie de conséquence leurs ennemis des tortionnaires, et ce malgré leur éventuelle légitimité… Ici plus besoin de préciser la nature de la rébellion, le mot « rebelle » suffit à lui-même pour justifier tous les crimes et colères de nos révoltés. Les médias s’en donnent d’ailleurs à cœur joie pour désigner, par exemple aujourd’hui, le bon syrien du mauvais : la simple dénomination « rebelle » fait office de lumière. Et quand la rébellion n’est plus du goût des forces hégémoniques, alors on condamne par des qualificatifs plus implicites. Ainsi aucun journaliste n’a signalé comme rebelles les différents groupes de révoltés se manifestant au nord du Mali. Ils ont parlé de Touaregs, d’Aqmi ou du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), bref des mots à connotation bien plus défavorable. Et que dire de tous ces insoumis français refusant crânement les intoxications de nos diktacraties. Ces vrais dissidents dénoncent avec diligence l’imposture et la corruption de nos dirigeants asservis à cet empire ploutocrate et amoral. Mais leurs appels à la réconciliation sont perçus comme des incitations à la haine. Certains ont même fait de la prison pour avoir manifester publiquement leur désir de révolution. Ils ont par la suite dû quitter le pays pour s’exprimer et agir plus…librement. D’autres sont diffamés publiquement par des ministres de la République, pourtant garants de nos libertés les plus fondamentales. Alors quoi ! La rébellion se définirait désormais en fonction de son degré de collaboration avec les pouvoirs en place ? Des pouvoirs reléguant ainsi la vraie résistance du coté obscur de la force…
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Cédric Bernelas
Souvenez-vous la colère de ces peuples en Tunisie, en Egypte et en Lybie. Souvenez-vous avec quelle confusion nous compatissions pour ces rébellions d’ailleurs.
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