Révolution démocratique

Il existe aujourd’hui une intelligentsia alternative qui démystifie avec diligence l’imposture de nos gouvernements représentatifs quant à la prétention démocratique qu’ils revendiquent. De Moses I. Finley à Yves Sintomer en passant par Pierre Rosanvallon, Bernard Manin, Hervé Kempf, Jacques Rancière ou Etienne Chouard, tous oeuvrent – ou ont oeuvré – à ce que nous nous méfions davantage des étiquettes dont se parent nos douces diktacraties.

 Regrets et espoirs démocratiques

Leurs approches, certes toujours minutieuses et originales, demeurent malgré tout cloisonnées dans une dimension communément historique, voire universitaire et spéculative. En effet tout débute immanquablement à Athènes, au siècle de Périclès : c’est carrément le modèle originel, sans lequel le mot même de « démocratie » n’existerait pas. L’éloge – à raison &; est unanime. Quelques-uns ensuite rappellent certaines formules plus égalitaires de partage du pouvoir utilisées au Moyen-âge puis lors de la Renaissance dans les communes italiennes et dans la couronne d’Aragon, en Espagne. Enfin tous dénoncent le travestissement opéré sur la matrice démocratique lors de la Révolution Française en faveur d’une oligarchie bourgeoise qui n’eut que faire du pouvoir du peuple. Leurs exposés varient quelque peu en fonction des regrets ou des espoirs déclarés quant à leur idéal démocratique, mais le discours reste similaire dans ses grandes lignes. Nous l’avons souvent détaillé sur les pages de : ils présentent un pouvoir débarrassé de toute représentation oligarchique ; une souveraineté populaire où le bien public coïnciderait avec l’intérêt commun et où chacun, alors directement concerné et libre d’expression, pourrait mieux s’investir dans l’organisation de l’endroit où il vit. Un pouvoir partagé par tous donc, qui deviendrait une force collective capable de changer les choses dans l’intérêt général. Assemblée constituante, tirage au sort, rotation des mandats, égale participation à la vie politique, dialogue sur les réalités publiques, obligation de rendre des comptes sur ses charges, rôle centrale des conseils et comités populaires. Les pauvres auraient ainsi l’autorité sur les plus aisés du fait de leur supériorité numérique et parce que le principe méritocratique serait récusé. Plus de confiscation du pouvoir par des experts faussement disparates dans des partis paravents. Autrement dit fin de la professionnalisation de l’activité politique au profit d’un véritable pouvoir du peuple.

 Par delà tout idéal

L’histoire est belle, mais la rappeler uniformément ne suffit définitivement pas. D’ailleurs si les pouvoirs en place nous laissent le faire c’est qu’ils n’ont rien à en craindre. En effet dans nos diktacraties, les pouvoirs réels sont ceux que la minorité n’exprime jamais et que la majorité subit toujours. Les rêves démocratiques édulcorent les consciences qui se croient au mieux généreuses et fraternelles, au pire charitables et complaisantes. Ils nous apaisent d’autant plus que notre monde préfère rêver sa liberté tout en achetant sa servitude&; On comprend mieux maintenant pourquoi les considérations au style plus engageant, plus révolutionnaire d’un , d’un , d’un , d’une , d’un ou d’un peinent à trouver leur place au sein de notre sérail réglementaire de professeurs de démocratie. De toute façon on sait ce que vaut la parole d’un anarchiste, d’un écroué, d’un romancier, d’une femme, d’un scientifique ou d’un présumé dictateur… L’oubli, la prison ou la mort !

Du vétché à Kronstadt

Alors qu’attendons-nous pour nous aventurer dans ces contrées plus sulfureuses, car plus immanentes, quitte à ruiner notre réputation ? La révolution démocratique se fera peut-être à ce prix ! Il est temps de s’inspirer d’expériences plus radicales, comme celles du vétché, du mir ou de Kronstadt par exemple. Saviez-vous que l’immense province de Viatka (Bassin de la Volga, en terre russe) se passa de Prince jusqu’à la fin du XVème siècle pendant presque 300 ans, justement grâce au vétché - assemblée populaire et souveraine où les citoyens discutaient de leurs besoins. Tradition de démocratie directe qui s’est poursuivie dans toute la Russie sous la forme du mir &; « structure sociale et économique autonome dans le monde paysan fondé sur la possession collective de la terre et le partage des produits du travail commun, ceci sur la base d’une auto-administration collective de ses membres » ( Alexandre Skirda). Les initiatives révolutionnaires russes de 1905, de 1917, et par excellence celles de Kronstadt ou de Makhno –des tentatives de pouvoir égalitaire, foncièrement démocratiques, que l’on tente de stigmatiser comme agitations anarchistes…- n’ont donc pas surgi de nulle part. Pas étonnant dès lors que l’Histoire académique insiste tant sur les dynasties régnantes, sur ses prestigieux Tsars ou sur la Révolution bolchévique de Lénine et Trotski et omette de nous rappeler que pas très loin de chez nous, il n’y a pas si longtemps, on a massacré d’authentiques démocraties au nom d’un marxisme quelque peu dictatoriale… L’Histoire accorde beaucoup trop de place aux vainqueurs et aux idéalistes, nous le savons tous. Rappeler les expériences enfouies et oubliées des vaincus et se nourrir d’elles pour réveiller la révolte, voilà la mission de . Il n’y a pas d’innocents, soit on sauve personne, soit on sauve tout le monde !
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Cédric Bernelas

Il existe aujourd’hui une intelligentsia alternative qui démystifie avec diligence l’imposture de nos gouvernements représentatifs quant à la prétention démocratique qu’ils revendiquent. De Moses I. Finley à Yves Sintomer en passant par Pierre Rosanvallon, Bernard Manin, Hervé Kempf, Jacques Rancière ou Etienne Chouard, tous oeuvrent – ou ont oeuvré – à ce que nous nous méfions davantage des étiquettes dont se parent nos douces diktacraties." data-share-imageurl="" style="position:fixed;top:0px;right:0px;">

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