Tous rebelles

Rebelle est sans doute le terme le plus galvaudé avec celui de facho. Pas une célébrité, même chez certains politiques, qui ne se vante d’être un rebelle, qui prétende en guise de cursus avoir été un cancre à l’école. Quand on pense à ce qu’il faut de servilité et de bêtise pour faire carrière dans ces métiers d’animation, il est permis d’en douter : cancre non, médiocre tout au plus. Sur le plan historique, rappelons que le rebelle fut inventé aux USA à la fin des années 50 (La Fureur de vivre et son rebelle sans cause) pour que les jeunes consomment les nouveaux produits jeunes lancés par la société de consommation : disques, fringues, loisirs&; Une attitude rebelle qui dure donc depuis plus de quarante ans, ce qui est loin d’en faire une nouveauté. Le rebelle, figé dans sa pose d’arrogance et de mépris injustifiés, devrait pourtant avoir plus que quiconque le respect des normaux (les humbles) : 1) D’abord parce que sur le plan dialectique le rebelle ne peut exister sans eux (si tous rebelles, alors plus de rebelles mais des nouveaux normaux) ; ainsi Cohn-Bendit qui put hier jouer au marginal parce que confortablement adossé à la normalité gaullienne des Trente Glorieuses, sa sécurité et son plein emploi. 2) Plus concrètement encore, parce que le monde n’est pas fait de rebelles et de fachos, comme dans la vision psy post-ado de Gérard Miller, mais plutôt de rebelles et de gens qui travaillent (facteur, laitier, chauffeur de bus, employé de banque, plombier&;). De petites gens qui assument le réel pendant que les rebelles se la jouent et vivent sur leur dos. Le rebelle étant toujours un parasite économique, sauf quand sa rebellitude s’avère être un travail : travail de promotion de vente des nouvelles attitudes rebelles de consommation qui font alors de lui un zélé VRP. Mais après avoir aidé à dissoudre tout ce qui faisait obstacle à la sauvagerie libérale (solidarité, conscience, morale&;), après avoir aidé à dégrader le citoyen producteur en consommateur narcissique, la massification de la figure antisubversive du rebelle pose aujourd’hui un grave problème de société : celui de la disparition de la cohésion et de la paix sociale assurées jadis par les petites gens et les braves gens (moqués par les Deschiens). Une stratégie commerciale de la transgression généralisée devenue peu à peu dangereuse et incontrôlable, quand de plus en plus d’esprits faibles (animateurs télé, rappeurs, politiques&;) se soumettent à ce modèle dominant de la mauvaise éducation. Une nuisance qui commence par la disparition du sourire pour se la jouer rebelle (pour ne pas passer pour un ringard en étant gentil, tout le monde aujourd’hui se sent obligé de faire la gueule dans la rue, les transports, les commerces), ce qui n’améliore pas la qualité de la vie. Une nuisance aggravée quand, dans le train, le mec en face de vous, encore pour faire rebelle, mange la bouche ouverte, se cure le nez et vous tousse dans la gueule. Une nuisance carrément mortelle quand l’automobiliste rebelle ne respecte plus ni feux ni priorité et vous écrase avant de donner dans le délit de fuite, comme ça se passe de plus en plus souvent, surtout les week-ends quand le z’y va, roi des rebelles, déferle des banlieues. Rebellitude généralisée, promue par les cons de Canal, les puceaux des Inrocks, les rentiers de Libé, qui transforme notre Occident policé en un monde d’ados incultes et mal élevés, alors que la croissance démographique (soixante millions de Français aujourd’hui contre trente-cinq au début du siècle dernier) aggrave dans le même temps les problèmes de promiscuité. Comme le faisait remarquer récemment le génial Iggy Pop (rien à voir avec la couineuse tendance Zazie), la véritable attitude rebelle aujourd’hui, la vraie subversion, ne serait-elle pas le retour à la bonne éducation ? »   Alain Soral (Jusqu’où va-t-on descendre ?)
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Diktacratie

Rebelle est sans doute le terme le plus galvaudé avec celui de facho. Pas une célébrité, même chez certains politiques, qui ne se vante d’être un rebelle, qui prétende en guise de cursus avoir été un cancre à l’école. Quand on pense à ce qu’il faut de servilité et de bêtise pour faire carrière dans ces métiers d’animation, il est permis d’en douter : cancre non, médiocre tout au plus." data-share-imageurl="" style="position:fixed;top:0px;right:0px;">

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