Virilité du peuple

Qu’entend-on par virilité du peuple ? Avant même la sortie de cet ouvrage qu’est Supra-négritude, le mot « viril » comme partie constitutive du triptyque fondant notre raisonnement (autodétermination, antivictimisation et virilité) a suscité colère et étonnement, au motif qu’il exclurait systématiquement les femmes puisqu’étant, de fait, propre aux hommes. Ainsi la supra-négritude serait un concept, un courant politique sexiste. Rien n’est plus faux. Le fait que l’enseignement de l’Honorable Elijah Muhammad, que je nomme « supra-négritude » dans le contexte francophone, parle systématiquement de l’homme et de la femme originels comme de deux êtres issus d’une même essence et à la destinée liée pour que notre peuple puisse se relever en éclairera beaucoup sur le sens premier du mot « viril ». En effet en creusant, l’on apprend que l’étymologie du mot « viril » est le sanskrit vira, qui signifie « héros », une définition qui a, par la suite, systématiquement été accolée à la notion de masculinité. Partant de cette notion de héros, je me réapproprie le sens étymologique du mot « viril », pour l’appliquer à l’attitude que notre peuple, composé de nos valeureux frères, et des piliers de nos sociétés, nos sœurs, devra adopter pour reconquérir le respect de lui-même. Quitter le statut de dernière roue du carrosse de l’humanité que nous sommes devenus à travers les différents accidents récents de l’Histoire, pour redevenir ce peuple héroïque (au sens du terme sanskrit) qui pourra regagner la fierté de lui-même et donc redonner son souffle de vie à l’humanité. L’héroïsme (au sens de vira), c’est aussi prendre ses responsabilités en étant, tôt ou tard, capable de combattre le fatalisme, et d’oser se lever contre nos premiers bourreaux que sont les pions que l’oligarchie a recrutés au sein même de notre peuple pour servir les intérêts de l’impérialisme. Être capable de montrer que nous pouvons nous-mêmes déloger les potentats qui nous sucent le sang et qui pensent pouvoir le faire impunément sous prétexte qu’ils ont la même couleur de peau que nous. Déloger ces derniers sans attendre que les Occidentaux le fassent. Comment savoir si un membre du corps est mort ou insensible ? On le pique avec une aiguille pour voir s’il réagit ou si au contraire, il gît inanimé. Depuis la décolonisation, certains tyrans parmi nos semblables, dont la cruauté a remplacé celle des colons, n’ont cessé de piquer le peuple, parfois même jusqu’à l’hémorragie, sans pour autant que la population ne réagisse. Notre peuple a démissionné, a fini par avaliser psychologiquement que nous étions nés pour être écrasés par des oligarques blancs, noirs ou autres. Et comme pour nous prouver à nous-mêmes que nous souhaitions rester sous les décombres, nous n’avons pas hésité, de façon quasi systématique, à isoler, ostraciser, puis assassiner (même si le meurtre était commandité en Occident) les nôtres, nos leaders et aînés valeureux, après les avoir vivement critiqués de leur vivant. Les cas sont légion. Pour ne citer qu’eux, parmi tant d’autres : Patrice Emery Lumumba, assassiné en 1961. Pourfendeur du colonialisme, révolutionnaire panafricain et patriote congolais confirmé, le Premier ministre Lumumba a vu une grande partie de son peuple se lever contre lui, alors que l’anarchie du pays était grandement due aux tentatives de déstabilisation de l’ancienne puissance coloniale belge, ainsi qu’aux interactions des chefaillons nègres réagissant à l’os tendu par le colon pour piéger Lumumba. Plus récemment, Thomas Sankara, leader burkinabé panafricain incompris, jugé trop sévère par l’immense majorité des siens et assassiné en 1987. Ce propos ne plaît pas aujourd’hui, tout le monde étant, comme par magie, subitement devenu « sankaraphile » depuis la mort de ce dernier. Pourtant, Thomas Sankara fut quasiment poussé à la dépression, dut essuyer de violentes critiques pour la simple et unique raison qu’il avait entamé une révolution drastique visant à pousser le peuple à choisir la voie difficile, mais émancipatrice, de l’autosuffisance alimentaire. L’immense majorité de la population préférant la facilité à l’effort de liberté, Sankara fut, par son peuple, presque livré sur un plateau aux impérialistes. Lesquels, sentant le héros burkinabé panafricain incompris, n’eurent aucune difficulté à organiser son assassinat avec l’aide de leurs cocontractants de la Françafrique (Houphouët-Boigny en tête, ainsi que le meilleur ami de Sankara, et actuel président du Burkina Faso, Blaise Compaoré). Ces héros, nous les avons trahis, et tués. Nous devons assumer ces vérités, même si elles sont dérangeantes. Un malade qui tue son médecin appelle la mort de ses vœux. Il mérite donc de mourir. »   Kemi Seba (Supra-négritude)
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Diktacratie

Qu’entend-on par virilité du peuple ? Avant même la sortie de cet ouvrage qu’est Supra-négritude, le mot « viril » comme partie constitutive du triptyque fondant notre raisonnement (autodétermination, antivictimisation et virilité) a suscité colère et étonnement, au motif qu’il exclurait systématiquement les femmes puisqu’étant, de fait, propre aux hommes." data-share-imageurl="" style="position:fixed;top:0px;right:0px;">

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