Kronstadt

Une saison en diktacratie

Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient. Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. -Et je l’ai trouvée amère. -Et je l’ai injuriée. Je me suis armé contre la justice. Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c’est à vous que mon trésor a été confié! Je parvins à faire s’évanouir dans mon esprit toute l’espérance humaine. Sur toute joie pour l’étrangler j’ai fait le bond sourd de la bête féroce.

La résolution du Pétropavlosk

Le 1er mars une réunion publique eut lieu sur la place de l’Ancre. Elle fut convoquée officiellement par la première et la seconde escadres de la flotte baltique. L’annonce parut dans l’organe du Soviet de Kronstadt. Le même jour, le président de l’Exécutif central panrusse Kalinine, et le Commissaire de la flotte baltique Kouzmine, arrivèrent à Cronstadt. Kalinine fut reçu avec les honneurs militaires, avec musique et bannières déployées.

Trois photos du général

La politique ne m’intéresse que lorsqu’elle est située sur le terrain tragique et qu’elle met aux prises un individu, l’histoire et le destin. Autant dire que, né en 1959, je n’ai jamais eu l’occasion de me passionner pour les péripéties qui ont conduit au pouvoir un banquier matois, un inspecteur des finances arrogant, un avocat véreux et un énarque impulsif, tous complices de ceux qui ont installé l’histoire dans le registre hystérique et décérébré de la comédie de boulevard.

L’anarchie est morte, vive la démocratie !

L’anarchie, aujourd’hui, c’est un folklore. Se réclamer d’un monde sans ordre revient presque à promouvoir un chaos digne des pires barbaries de notre Histoire. Pour tout dire, tous ceux qui, depuis quelques décennies, se revendiquent comme anarchistes, s’accaparent outrancièrement une fierté et un prestige plus proches de la mystification que de la vertu. Ils sont les idiots utiles à toute réelle entreprise révolutionnaire.

Pas de démocratie sans frontières

Un monde sans frontières n’est plus un monde. De fait, c’est un néant. D’où la vacuité du statut autoproclamé de «citoyen du monde», pauvre pirouette poétique éculée. Curieusement, il suffit que l’on parle de «frontières», pour que certains extirpent non pas leur revolver, mais tout au moins leur fiel atrabilaire.

Pour en finir avec notre diktacratie

Quelques compagnons dissidents, aux idéaux malgré tout bien distincts, aiment à stigmatiser nos aspirations politiques originales en n’hésitant plus à railler notre « démocratite » aigüe. Une maladie émergeant en Grèce à l’ère de Périclès et trouvant son acmé quelques siècles plus tard, sur une terre d’anciens esclaves, dans les Russies oubliées.

A qui profite le crime ?

Au final, rien n’a vraiment changé. C’est même pire&;pire qu’avant la kouachiasse. Y avait pourtant de quoi ébranler la donne, de quoi subvertir la populace&; Mais, comment un tel massacre a-t-il pu suscité une si nauséeuse mascarade ?

Volonté générale ou servitude volontaire ?

Il devient préoccupant de constater à quel point aujourd’hui (surtout après la sortie de notre livre) l’opinion publique estime toujours la prise de décision à la majorité comme une spécificité foncièrement démocratique. Ainsi, il suffit qu’une grande partie de la population s’accorde sur une envie particulière pour que leur velléité devienne loi. Il n’y aurait qu’un pas entre le désir du plus grand nombre et la volonté générale. Un pas se révélant être celui de la dictature de la majorité.